Monday, 8 July 2013

A contemporary riff: Bloed & Rozen. Het lied van Jeanne en Gilles, Guy Cassiers

 Bloed & Rozen. Het lied van Jeanne en Gilles, Guy Cassiers © Photos : Koen Broos

Bloed & Rozen. Het lied van Jeanne en Gilles, Guy Cassiers © Photos : Koen Broos

T contre T (le match d’Avignon 2011)

par Jean-Paul Fargier


Contre ou tout contre ? Théâtre et télé, une fois de plus, cet été en Avignon, se sont frôlés, frottés, flattés, phagocytés. Pour le meilleur ou pour le pire ? Les deux.


Chroniques en mouvements


Naufrage en direct, Du sang et des roses, se fracassait contre l’image projetée. Téléfilm sophistiqué, Kristin ressuscitait le théâtre dans les plis de l’image instantanée. D’autres essais se perdaient en affèteries minimalistes, Karski, ou grandiloquentes, La Dispersion du fils. Tandis que Castellucci, fidèle à lui-même, interrogeait la fidélité à « nos » racines chrétiennes, érigeant un Dieu inimaginable dans une image (un Visage), comme ressort possible d’un tragique moderne. Mais c’est un outsider, Tony Sehgal, qui instruisit – et c’est un comble, sans caméra – le plus bel hommage de l’instance théâtrale au théâtre de l’instant : Welcome in this situation.


Hypothèse : les images sont au théâtre ce que les silences sont en musique. Vérification : un désastre, ce Chant… qui n’a su user des images que pour faire du bruit. Pourtant ça commençait bien. Mettre le Palais des Papes en abîme, personne encore ne l’avait fait sur la grande scène de la Cour d’Honneur. Imaginez des vues (escaliers, cloître, fenêtres, cours, jardins) du bâtiment papal avignonnais (que vous reconnaissez parce que vous l’avez visité au moins une fois dans votre vie) affichées sur des écrans de bonne taille (2 mètres sur 3) dispersés sur le plateau de cette Cour d’Honneur (dont le Festival a fait son lieu d’excellence) où vous êtes assis présentement en train de suivre un drame ayant pour héros Jeanne d’Arc et Gilles de Rais ; imaginez ensuite que soudain des caméras s’allument pour filmer les acteurs et agrandir leurs visages en les projetant sur le Mur immense où est accroché un écran géant fait de carrés métalliques ; imaginez enfin que le fond des images des personnages que l’on voit sur ce grand écran est une de ces vues intérieures du Palais des Papes que les écrans moyens affichent, car les acteurs au moment où ils sont filmés sont venus se placer juste devant ces vues… Quel superbe dispositif, vous vous dîtes, plein d’espoir, et puis vous déchantez. Hélas, ça ne marche pas. Qu’est-ce qui coince ? 

Que ces carrés rappellent des pixels démesurément agrandis : bravo ! Que les images réfléchies là soient molles, floues, poussiéreuses : excellent ! Vive la haute méfinition. Que ce rideau de scène se déroule au début, s’affaisse à la fin, laissant la paroi nue jouer la musique des pierres séculaires au moment d’accueillir un des plus beaux effets de mise en scène qu’on ait vu en ce lieu démesuré : magnifique ! Magnifique en effet cette ombre de Gilles de Rais devenant, au fil de sa dernière tirade, de plus en plus grande sur ce mur, jusqu’à l’égaler, tête au ras du toit, puis à le dépasser, tête tranchée, puis à l’envahir totalement, noir final. Rien ne pouvait mieux concentrer le parcours de ce héros, de ses faits de gloire, auprès de Jeanne d’Arc en particulier, jusqu’à sa mort programmée par tous les pouvoirs (Église, État) conjugués. Rien, c’est à dire aucune image. Seul un effet de lumière scénique a semblé pouvoir exprimer l’intensité du drame parvenu à son extrémité.

Aveu d’échec, in fine, de tout un projet ? Peut-être. Car la mise en scène de Guy Cassiers, pendant les quatre heures qui précèdent cette montée de l’ombre, s’articule essentiellement sur les jeux d’images vidéo. Sur la dialectique du corps minuscule des acteurs sur scène et des gros plans de leur visage cadré par des caméras en direct. Comme au stade ? Oui, sauf qu’au stade les acteurs bougent tout le temps et qu’il y a donc un véritable suspense créé non seulement par le déplacement des sportifs mais par le jeu, plus ou moins adroit, vif, pertinent, des caméras, qui sont par ailleurs si nombreuses qu’on ne sait jamais laquelle va capter l’action, et si ce sera en plan fixe ou en balayage, en gros plan ou en plan large. Casiers lui, filme sa partie, avec des caméras de surveillance, fixes, au cadre définitif. Figées dans une posture immuable, elles figent en retour les actions qu’elles captent, actions elles-mêmes déterminées par la fixité de l’oeil qui les agrandit en images projetées. Cercle vicieux de la dialectique des deux T, empêtrée dans un parti pris néfaste : faire « Au théâtre ce soir » pour un public « vivant ». Les comédiens ne jouent que pour les caméras et plus en fonction d’une scénographie expressive des ressorts d’une intrigue, des circonvolutions d’un drame. Ils sont plantés, de profil pour les spectateurs, face à l’oeil électronique qui récupère leur image en gros plan, et la renvoie, incrustée dans un fond, sur l’Ecran mural, au dessous duquel les dialogues sont traduits (car la pièce est en néerlandais) !

La seule bonne idée (les fonds projetés sur des écrans derrière les acteurs filmés) finit par devenir un piège désastreux. Un gênant bruit de fond. Brouillant l’écoute du texte, entravant l’action. Une fois éteinte l’étincelle de surprise (ah ! le décor glissé par la vidéo dans le dispositif  de filmage est un détail d’architecture du palais des Papes, super, on y est, Jeanne et Gilles, et leurs ennemis, sont nos contemporains), on s’afflige vite du piétinement de la dénotation. Du manque d’écho, de connotation. Avec ses images bouclées une fois pour toutes, Cassiers tourne en rond, au lieu de mettre en scène. Certes, de temps à autre, surgit bien un heureux arrangement de cadre, provoqué par l’entrée d’un second personnage dans le dos du héros, et l’on se dit qu’il y a un sens à tirer de la disproportion prise sur le grand écran par le léger déplacement sur scène ; certes, parfois clignote un contrechamp attrapé par une seconde caméra et l’on a l’impression de voir enfin du montage, donc du sens ; mais ces évènements sont rares et, englués dans l’allure générale, ils ne brillent que d’être les maigres exceptions d’une règle pesante. Règle qui entend jouer l’effet tivi contre l’effet théâtral. Au lieu de le jouer tout contre.


Qu’est-ce que la vidéo allait faire dans cette galère ? Ramer ! Hélas, des rafiots, il y en avait d’autres.


from:

Turbulences Vidéo #73 

Showreel Abke Haring from Toneelhuis on Vimeo.

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